Pour commencer, nous avons fait la rencontre de Pierre Matter, sculpteur depuis 1992 et l'une des personnes les plus importantes dans la construction de cette oeuvre. Pour l'occasion, il s'est associé à François Schuiten, celui qui a dessiné le Nauti-Poulpe : "C'est ma deuxième collaboration avec François, en dehors de ça je n'ai jamais fait d'autre collaboration."
Mais alors, comment se sont-ils rencontrés ? À l'origine, les deux travaillaient (et travaillent encore) sur un projet bien plus ancien que celui du Nauti-Poulpe. Ce projet a pour objectif d'être transformé en "un cachalot de 50 mètres à partir d'une ancienne locomotive puisque François est passionné de trains.". C'est donc une passion pour le monde du ferroviaire qui a permis aux deux artistes de se rencontrer et de se rapprocher autour de ce projet qui pouvait sembler fou.
Mais cela ne fait pas tout. En effet, le sculpteur de la créature confie : "Je travaille beaucoup avec le recyclage, j'ai fais des sculptures à partir d'autres grosses pièces telles que des réacteurs d'avion etc. J'ai aussi un style assez proche de Jules Verne, j'ai lu tous ses bouquins, c'est beaucoup d'hybridité. [...] Et il se trouve que François est un spécialiste éminent avec une lecture exhaustive de Jules Verne." Les grands esprits se sont donc rencontrés : "Il est venu me voir tout naturellement quand Amiens a fait appel à lui."
S'en est donc suivit un "projet assez flou" dans un premier temps, avec un souhait de "placer la sculpture sur le parvis de la gare amiénoise dans le cadre du développement du tourisme dans la vallée de la Somme" . Un emplacement qui paraissait logique, puisque les touristes passent en majorité par notre gare au toit de verre bleu. Un "élément qui aurait donc dû se fixer dans les mémoires." Or, cette idée n'a pu aboutir, faute à la taille et au poids de la sculpture, qui aurait pu s'avérer dangereuse à cet emplacement.
C'est donc aux Halles Freyssinet que les réalisateurs ont finalement pris la décision de placer leur oeuvre, au sein d'un bassin qui immergerait le monstre métallique jusqu'à 4 centimètres sur le début du bronze, invitant le spectateur à penser que la sculpture pourrait être en réalité plus grande et sortirait uniquement cette partie visible de l'eau.